Le portage salarial ne doit pas devenir un sous-intérim
Entretien avec Guillaume Cairou, président de la commission sociale de la Fédération nationale du portage salarial (FENPS) : « Le portage salarial ne doit pas devenir un sous-intérim »
Quels sont les enjeux de cette négociation en cours ?
Ces enjeux touchent d’abord à la modernisation du droit du travail :
Il s’agit de faire émerger des formes de travail innovantes et plus flexibles, d’où un certain nombre de craintes, mais aussi de résistances, notamment de la part des syndicats qui comprennent pourtant que cette nouvelle forme d’entrepreneuriat peut fournir du travail aux personnes en recherche d’emploi.
Un autre enjeu est purement économique. Le portage salarial est coincé entre deux géants : l’intérim et les 365 000 auto-entrepreneurs que l’on compte aujourd’hui. Et il semble que l’état adopte un parti pris en leur faveur, alors que depuis vingt ans, le portage salarial accompagne les porteurs de projet.
Vous avez évoqué le statut d’auto-entrepreneur, une autre évolution, parallèle des relations entre employeur et salarié, ou plutôt ex-salarié, ce dernier étant devenu prestataire.
Mais le portage salarial propose un régime et un statut de salarié. Ce que n’apporte pas le statut d’auto-entrepreneur, qui fournit, par exemple, des garanties faibles en matière de protection sociale, de retraite et de formation.
Par ailleurs, il existe un plafond pour ce statut : il faut présenter des factures d’un montant inférieur à 2675 euros par mois pour en bénéficier ; le porté, lui, facture en moyenne 4600 euros par mois.
Quels métiers sont concernés ?
Le portage salarial concerne des prestations intellectuelles au sens large, des missions de consulting, réalisées par des populations majoritairement « seniors « , souvent des cadres en reconversion ou au chômage. Un tiers des consultants retrouve un travail grâce au portage salarial, un autre tiers crée son entreprise. Aujourd’hui le portage salarial s’ouvre à d’autres métiers indépendants, comme ceux de l’artisanat ou des services à la personne.
Que reprochez-vous à l’Ani de 2008 ?
Les partenaires sociaux n’ont pas compris que les publics étaient différents, voire mixtes. Leur objectif est de faire du portage salarial par intérim bis. Les Fédérations du portage salarial ne sont absolument pas parties prenantes à la négociation en cours. L’Etat a confié à l’intérim le soin de négocier alors que les « portés » sont des travailleurs autonomes, qui ont l’obligation de prospecter eux-mêmes leur clientèle. L’accord qui devrait être signé d’ici le mois de juin va confier aux entreprises de travail temporaire le rôle d’une société de portage, ce qui permettra de diversifier leur activité et d’imposer l’intérim comme un modèle d’organisation.
Le portage salarial va devenir un « sous-intérim » avec toutes les caractéristiques d’un contrat d’intérim. Les 150 entreprises de portage salarial devront faire face à 6500 agences d’intérim qui proposeront à leur clientèle cette solution, comme elles proposent aujourd’hui des CDD et des CDI ! Elles vont devenir des agences de placement.
Par ailleurs, l’Etat a tout intérêt à voir se développer le statut d’auto-entrepreneur, estimé à près d’un million de personnes à l’horizon 2020 par François Hurel (Union des auto-entrepreneurs).
Vous annoncez le renforcement du dialogue social au sein de votre Fédération, pourquoi ?
A défaut de faire partie de la négociation, nous souhaitons participer à la mise en place de notre accord de branche, et être présents au sein de la commission paritaire qui suivra l’accord pendant la période transitoire. Nous devons « montrer patte blanche » en renforçant et dynamisant le dialogue social, et structurer notre branche. Un audit sera réalisé pour faire un état des lieux de la situation sociale au sein de nos adhérents. La commission sociale travaillera à la préparation de nouveaux accords collectifs et à celle des prochaines commissions paritaires. Et nous invitons les syndicats à participer à nos travaux.
Entretien de Guillaume Cairou, PDG de DIDAXIS GROUP avec S.G. de Centre Inffo, l’Information sur la formation – 1er Avril au 15 avril – numéro 765
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